Zagora : la rivière au cœur du désert marocain, en douceur
Tout le monde présente Zagora comme la porte du Sahara. Venez plutôt pour le Drâa : une vallée verte de palmiers-dattiers, de villages de terre et d'après-midi très lents.
La plupart des voyageurs arrivent à Zagora en quête de sable. Ils descendent de Marrakech, franchissent l'Atlas et passent six ou sept heures à imaginer des dunes au bout de la route. Puis la route tourne, quelque part au nord de la ville, la vallée s'ouvre tout entière — et elle est verte.
Voilà ce à quoi personne ne vous prépare vraiment. Zagora s'étend au bord du Drâa, le plus long fleuve du Maroc, au sein d'un ruban presque ininterrompu de palmiers-dattiers qui court sur quelques centaines de kilomètres entre des montagnes rouges et nues. Le sable existe bel et bien, et il est tout proche. Mais le cœur de ce pays, c'est l'eau : d'anciens canaux d'irrigation, l'ombre des palmes, des grenadiers et des villages de pisé bâtis précisément là où l'eau le permet.
Ce guide prend le parti de la douceur. Vous pouvez monter à dos de dromadaire si vous le souhaitez, et nous vous dirons comment le faire confortablement. Mais vous pouvez aussi passer trois belles journées à Zagora sans jamais y grimper : une promenade dans la palmeraie à la fraîcheur du matin, les potiers penchés sur leurs tours, et la vallée qui parle pour vous.
Un peu d'histoire
Zagora est le chef-lieu de la province de Zagora, dans la région de Drâa-Tafilalet, au sud-est du Maroc. C'est une ville modeste d'environ quarante mille habitants, mais la vallée qui l'entoure est cultivée, défendue et parcourue par le commerce depuis très longtemps.
Le nom est généralement rattaché au mot amazigh (berbère) Tazagourt, que l'on traduit par « les deux sommets » — et l'on comprend aussitôt pourquoi. Le Jbel Zagora, à la double cime, surgit droit de la palmeraie juste au sud de la ville, son point culminant dépassant légèrement les mille mètres. Sur la montagne subsistent les vestiges d'une forteresse almoravide, édifiée au XIe siècle pour surveiller la vallée et les routes caravanières en contrebas.
Ces routes forment l'autre moitié de l'histoire. Pendant des siècles, le Drâa fut un corridor entre le Maroc et le Sahel, par lequel circulaient le sel, les dattes, l'or et les manuscrits. Zagora le rappelle encore avec son célèbre panneau — Tombouctou 52 jours, cinquante-deux jours de chameau jusqu'à Tombouctou. L'original a été remplacé au fil des ans par une version peinte, et c'est aujourd'hui l'un des murs les plus photographiés du sud marocain. Un peu kitsch, et absolument irrésistible.
La population de la vallée reflète tout ce passage : familles arabophones, villages amazighs et descendants des communautés venues du sud avec les caravanes. Jusqu'au milieu du XXe siècle, une communauté juive établie de longue date vivait également ici, centrée sur le village d'Amezrou, dont on peut encore parcourir aujourd'hui l'ancien quartier.
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Le Jbel Zagora, la montagne à deux sommets qui a donné son nom à la ville.
À voir
Zagora est avant tout une ville qui travaille : une longue rue principale, quelques banques, des cafés sous les arcades, et presque rien en matière de monuments. L'essentiel de ce qui mérite le détour se trouve à quelques minutes de voiture, et prend tout son éclat dans les deux heures qui suivent le lever du soleil ou les deux qui précèdent la nuit.
Le panneau Tombouctou 52 jours
À la sortie de la ville, sur la route du sud, se dresse le panneau caravanier devenu l'emblème de Zagora. La visite prend cinq minutes, le terrain est plat, et vous pouvez rester dans la voiture jusqu'au moment de la photo. Venez tôt : dès le milieu de la matinée, la lumière devient dure et les minibus des circuits organisés sont arrivés.
Le Jbel Zagora et le belvédère sur la vallée
Une route grimpe à flanc de Jbel Zagora jusqu'à un belvédère dominant la palmeraie : c'est, sans conteste, la plus belle vue de la région. Le Drâa serpente en vert tout en bas, les villages de terre s'y blottissent, et le désert s'étend de tous côtés. Un chauffeur peut vous y conduire dans une voiture ordinaire, et le belvédère lui-même ne demande presque aucune marche. Les ruines almoravides du sommet, en revanche, exigent une véritable ascension : nous les laisserions à des jambes plus jeunes pour savourer plutôt le panorama. En fin d'après-midi, c'est magnifique.
Amezrou et la palmeraie
Juste de l'autre côté de la rivière, Amezrou est un village oasien de maisons en terre, doté d'un système d'irrigation plusieurs fois centenaire et des ruelles de l'ancien mellah, le quartier juif, où des orfèvres tiennent encore leurs ateliers. Un guide fourni par votre hôtel change tout ici : les chemins sont plats mais sans aucune signalisation, et l'intérêt réside dans ce qu'on vous raconte plus que dans ce que vous voyez. Une heure, à pas tranquille, suffit amplement.
Le souk
Le marché hebdomadaire de Zagora attire les agriculteurs de toute la vallée : dattes au sac, épices, légumes et piles de poteries vertes de Tamegroute. C'est poussiéreux, bondé et parfaitement authentique. Demandez à votre hôtel quels jours il tombe cette semaine-là, allez-y tôt, et emportez un petit tabouret pliant si vous aimez vous asseoir.
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Une scène de rue à Zagora, dans la vallée du Drâa, au sud-est du Maroc.
Le désert, en douceur
Nul besoin d'être endurant pour découvrir le Sahara depuis Zagora. Il existe trois niveaux d'effort, et les trois sont tout aussi légitimes.
Le plus simple, ce sont les dunes de Tinfou, un champ de dunes modeste mais bien réel, à environ 25 km au sud de la ville, accessible en voiture ordinaire par le goudron puis une piste ferme. Vous pouvez vous tenir au pied du vrai sable, regarder le soleil se coucher et être rentré à l'hôtel pour le dîner.
L'option intermédiaire, c'est une nuit dans un campement du désert situé à une heure environ de Zagora. Beaucoup de campements proposent aujourd'hui un transfert en 4×4 jusqu'aux tentes, avec en option une courte balade à dos de dromadaire de quelques minutes, le temps de la photo. Demandez expressément un campement avec de vrais lits, une tente avec salle de bains privative et un accès véhicule — ils existent, et la différence de confort est considérable.
L'option sportive, c'est l'erg Chigaga, la grande mer de dunes, que l'on atteint en 4×4 depuis M'Hamid El Ghizlane, au bout de la vallée. Comptez environ deux heures de goudron au sud de Zagora, puis une traversée désertique cahoteuse. C'est spectaculaire, et c'est une longue journée secouée. Si vous avez le dos fragile, admirez-la en photos et offrez-vous plutôt le coucher de soleil de Tinfou.
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Un moment de repos à Zagora.
Une excursion dans les environs : Tamegroute
Si vous ne faites qu'une seule excursion, choisissez Tamegroute, un village à une vingtaine de kilomètres au sud de Zagora sur la route de M'Hamid — environ une demi-heure à l'aller comme au retour, sur un bon goudron et parfaitement plat.
Tamegroute s'est développé autour de sa zaouïa, siège de la confrérie soufie Nasiriyya, qui réunit à partir du XVIIe siècle l'une des grandes collections de manuscrits du sud marocain. La bibliothèque conserve encore des milliers de volumes, certains fort anciens, consacrés à l'astronomie, à la médecine, aux mathématiques et à la théologie, quelques-uns rédigés sur peau de gazelle. Seule une sélection est exposée, dans une petite salle fraîche, et un gardien vous la commente. Vingt minutes de silence, et un souvenir qui vous accompagne bien plus longtemps.
Un peu plus loin se trouve le quartier des potiers, où l'on façonne la célèbre poterie vernissée verte de Tamegroute, cuite dans des fours souterrains collectifs. L'émail — un mélange local contenant notamment du cuivre et du manganèse — donne ce vert profond et irrégulier que l'on retrouve dans toutes les boutiques de décoration, de Marrakech à Paris. Vous pouvez regarder tourner les tours, acheter un bol pour le prix d'un café ailleurs, et le faire emballer pour la valise.
Une mise en garde en toute franchise : le sol autour des fours est inégal et poussiéreux, avec des portes basses et une marche de temps à autre. Mettez des chaussures fermes, acceptez un bras et renoncez à la partie la plus profonde de l'atelier si l'accès vous paraît malaisé. La salle d'exposition, elle, est facile d'accès.
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La vallée du Drâa, le couloir bordé de palmiers qui descend vers le sud depuis Zagora.
À table
Le Drâa est avant tout une vallée de dattes, et le fruit se glisse absolument partout. Achetez-en plusieurs variétés au souk et comparez-les : les grosses et moelleuses sont les plus réputées, mais ce sont les petites et sèches, que les habitants mangent avec du petit-lait frais, dont vous vous souviendrez.
- Le tajine d'agneau aux dattes ou aux pruneaux — le classique du sud, mijoté jusqu'à ce que la viande se défasse et que le sucré ait pénétré en profondeur. Tendre, facile à mâcher et plus délicat qu'il n'y paraît.
- La madfouna, parfois appelée pizza berbère — une galette ronde fourrée de viande assaisonnée, d'oignon et d'épices, cuite jusqu'à devenir croustillante. Traditionnelle du Sud saharien et excellente à partager à deux.
- L'omelette berbère — des œufs cuits dans un plat à tajine en terre avec tomate, oignon et cumin, en général au petit-déjeuner ou en déjeuner léger. Sûre, douce et disponible presque partout.
- Le pain et l'huile d'olive — le pain est cuit frais plusieurs fois par jour et occupe le centre de chaque repas.
- Le thé à la menthe — versé de haut et bien sucré. Demandez-le sans sucre ou peu sucré si vous préférez ; cela ne gêne personne.
Zagora n'est pas une ville de grands restaurants. Les meilleurs repas se prennent généralement dans les maisons d'hôtes et les petits hôtels, souvent servis dans une cour ou sur une terrasse sur le toit, et il vaut la peine de prévenir le matin si vous comptez dîner sur place. L'alcool se limite à quelques hôtels ; mieux vaut éviter l'eau du robinet et s'en tenir à l'eau en bouteille.
Conseils sincères pour voyager confortablement
- La chaleur est le véritable défi, pas le relief. En été, les maximales dépassent couramment 40 °C et peuvent approcher 45 °C. De juin à début septembre environ, nous ne recommanderions pas Zagora à la plupart des voyageurs de plus de 60 ans. D'octobre à avril, c'est un tout autre pays : des journées chaudes et sèches, des nuits fraîches, parfois franchement froides.
- La ville est plate. Zagora occupe le fond de la vallée et se parcourt sans aucune côte ni marche — seulement des trottoirs inégaux, de la poussière et peu de bancs à l'ombre. Une canne munie d'un embout ferme vous servira davantage que de bonnes chaussures de marche.
- Logez du côté d'Amezrou ou au pied de la montagne. Les maisons d'hôtes de la palmeraie vous placent à une courte promenade de plain-pied de l'oasis, à l'écart de la circulation de la route principale. Demandez une chambre au rez-de-chaussée : beaucoup d'hôtels de style riad ont des escaliers raides et étroits, sans ascenseur.
- Louez une voiture avec chauffeur à la journée. Cela coûte moins cher que vous ne l'imaginez, supprime tout souci de stationnement et d'orientation, et vous permet de voir le belvédère, Tamegroute et les dunes à votre rythme, avec la climatisation entre deux étapes.
- Fractionnez le trajet depuis Marrakech. Six à sept heures d'affilée par le col du Tizi n'Tichka, c'est beaucoup. Une nuit à Ouarzazate ou dans la vallée du Drâa transforme une journée éprouvante en deux journées agréables, et la route de montagne mérite d'être vue de jour.
- Buvez plus que vous ne le pensez nécessaire. L'air est extrêmement sec. Gardez de l'eau dans la voiture et ajoutez une pincée de sel à vos plats si vous transpirez beaucoup.
- La protection solaire n'est pas facultative. Un chapeau à bords, des lunettes de soleil et des manches longues valent mieux que la crème solaire seule. Même en hiver, le soleil reste puissant ici à midi.
- Les soins médicaux sont sommaires. Zagora compte des pharmacies et un hôpital, mais tout traitement sérieux suppose d'aller à Ouarzazate ou à Marrakech. Emportez tous vos médicaments, dans leur emballage d'origine, ainsi qu'une liste écrite de vos ordonnances.
- Les nuits sont froides. De novembre à février, une polaire et des chaussettes chaudes sont réellement indispensables après la tombée du jour, surtout dans les campements du désert, rarement chauffés.
- L'argent liquide compte. Il y a des distributeurs à Zagora, mais beaucoup moins au sud. Retirez ce dont vous avez besoin avant de prendre la direction de M'Hamid.
Y aller
| Aéroports les plus proches | Ouarzazate (petit, vols limités), à environ 3 heures de route. Marrakech est la principale porte d'entrée, à environ 6 à 7 heures de route. |
| Par la route | Depuis Marrakech, environ 350 km par la N9, par le col du Tizi n'Tichka (près de 2 260 m) via Ouarzazate, puis la descente de la vallée du Drâa. Goudronnée sur tout le parcours, sinueuse en montagne. |
| En bus | Cars quotidiens depuis Marrakech (environ 7 à 9 heures) et Ouarzazate, assurés par les grandes compagnies nationales. Confort suffisant, avec un arrêt pour se reposer. |
| Meilleurs mois | Octobre-novembre et mars-avril sont idéaux. De décembre à février, les journées sont agréables et les nuits froides. Évitez juin-août. |
| Durée du séjour | Deux à trois nuits à Zagora, ou quatre si vous ajoutez un campement du désert ou M'Hamid. |
| Se déplacer | Ville plate, centre parcourable à pied ; louez une voiture avec chauffeur ou un grand taxi pour les excursions. |
| Monnaie | Dirham marocain (MAD). Distributeurs en ville ; prévoyez du liquide plus au sud. |
| Langue | Arabe marocain et tamazight ; le français est très répandu, un peu d'anglais dans les hôtels. |
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Une tempête de sable sur la vallée du Drâa, sur la route entre Ouarzazate et Zagora.
Notre verdict
Zagora n'est pas une jolie ville. Dites-le clairement et tout le reste du voyage se met en place. La rue principale est fonctionnelle, l'architecture moderne et poussiéreuse, et si vous arrivez en espérant une seconde Chefchaouen, vous serez déçu en moins d'une heure.
Venez plutôt pour la vallée. Venez pour cet instant, sur la route de montagne, où vous découvrez à quel point ce ruban vert est étroit, et combien de vie il porte. Venez pour la fraîcheur de la bibliothèque de Tamegroute, pour les bols verts empilés au soleil, pour l'ombre des palmes à Amezrou où les canaux d'irrigation coulent depuis mille ans, et pour un ciel nocturne que la plupart d'entre nous, chez nous, ont tout bonnement oublié.
Zagora mérite sa place dans un itinéraire du sud marocain — le plus naturellement sous la forme de deux ou trois nuits après Ouarzazate, avant de remonter vers le nord ou de poursuivre vers l'est. Elle exige peu de vos genoux et beaucoup de votre patience face à la chaleur et aux distances. Choisissez la bonne saison, prenez un chauffeur, logez dans la palmeraie : Zagora vous rendra bien plus que ne le laisse croire sa réputation de simple halte sur la route du sable.
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La vallée du Drâa, juste à l'ouest de la ville de Zagora.
« À Zagora, le désert n'est que le cadre ; le tableau, c'est une rivière, et les palmiers qui ne l'ont jamais lâchée. »
Crédits photo
- Draa Valley, Zagora, Morocco 4942036066: Richard Allaway, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
- Mount Zagora, Morocco 5422834133 6: YoTuT from United States, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
- Zagora, Morocco 5422874918 2: YoTuT from United States, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
- Resting in Zagora, Morocco 5422881253 5: YoTuT from United States, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
- Valley of Draa - panoramio: Kristian Lahdensuo, CC BY 3.0 via Wikimedia Commons
- Sand storm over the Vallée du Draa 2357098587: Michal Osmenda from Brussels, Belgium, CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons
- Draa vally in Morocco just west of the city of Zagora2: Sonty567, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
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