Sefrou : une douce échappée au pays marocain des cerises
À une demi-heure de Fès, Sefrou offre une vieille ville à taille humaine, une rivière en son cœur et une célèbre fête des cerises en juin — sans la foule ni la vente forcée.
La plupart des voyageurs passent à moins de trente kilomètres de Sefrou sans jamais le savoir. Ils sont à Fès, au cœur de l'une des plus grandes médinas du monde, et personne ne leur dit qu'à une courte route vers le sud-est, là où s'élèvent les premières pentes du Moyen Atlas, se trouve une petite ville fortifiée où une rivière coule sous les maisons et où les commerçants vous disent encore bonjour avant toute autre chose.
Sefrou se niche à environ 850 mètres d'altitude, assez haut pour adoucir l'été et pour couvrir les vergers de cerisiers. Quelque 87 000 personnes y vivent, et le jeudi, la vallée entière semble descendre au marché. Ce n'est pas une ville grandiose. Aucun palais devant lequel faire la queue, aucune cour en zellige sur le circuit des cartes postales. Ce qu'il y a, en revanche, c'est la vie marocaine ordinaire, à un rythme que l'on peut réellement suivre.
Pour les voyageurs de plus de 60 ans, c'est précisément tout l'intérêt. Sefrou vous offre une médina que l'on traverse à pied en vingt minutes, une cascade dans les collines, un quartier juif dont les balcons portent des siècles de mémoire — et la liberté de rentrer à votre riad de Fès à l'heure du thé.
Un peu d'histoire
Le nom viendrait des Ahel Sefrou, un groupe berbère (amazigh) installé ici bien avant que la ville n'ait des murailles ; le mot amazigh asfru est souvent traduit par « la solution ». La tradition veut qu'Idris II ait séjourné à Sefrou pendant la fondation de Fès, ce qui en dit long sur l'ancienneté de la route entre les deux villes.
Pendant des siècles, Sefrou fut l'une des villes juives les plus importantes du Maroc — à tel point qu'on la surnommait « la petite Jérusalem ». À son apogée, la communauté juive aurait compté plusieurs milliers de personnes, une très large part de la population, vivant dans le mellah au bord de la rivière et commerçant avec les tribus berbères de l'Atlas. Presque toutes sont parties pour Israël, la France et le Canada dans les années 1950 et 1960, et le quartier est resté silencieux depuis, même si des travaux de restauration en ont sauvé certaines parties.
Sefrou occupe aussi une place inattendue dans l'histoire universitaire : l'anthropologue américain Clifford Geertz et ses collègues ont passé des années à étudier cette ville dans les années 1960 et 1970, ce qui a fait de Sefrou l'une des petites villes les plus finement décrites du monde arabe. Et depuis 1920, elle célèbre chaque mois de juin sa Fête des cerises — trois jours de musique, de défilés et de fierté fruitière, inscrits par l'UNESCO sur sa liste du patrimoine culturel immatériel en 2012.
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Vitrail à l'intérieur d'une synagogue de Sefrou.
À voir
Tout ce qui mérite d'être vu tient dans un petit rayon, et l'essentiel est gratuit. Comptez une demi-journée tranquille pour la ville elle-même.
La médina
La vieille ville de Sefrou est compacte, ceinte de murailles, et toujours habitée plutôt que mise en scène pour les visiteurs. Ruelles étroites, arches basses, quelques façades patinées, tailleurs et épiciers à l'ouvrage. On entre par l'une des anciennes portes — Bab Lemkam et Bab Merba sont les plus courantes — et l'on traverse toute la médina à pied en vingt à trente minutes sans jamais se sentir perdu très longtemps. Personne ne vous suivra pour vous proposer une visite.
Le mellah et la rivière
L'oued Aggai traverse le cœur de la vieille ville, et l'ancien quartier juif s'étend sur l'autre rive, auquel on accède par un petit pont. Levez les yeux vers les balcons de bois et de fer qui surplombent les ruelles, et vers les portes sculptées. Certaines parties du mellah sont en ruine et fermées ; une synagogue restaurée et l'ancien complexe scolaire Em Habanim se visitent généralement avec un guide local, qu'il vaut mieux réserver à l'avance.
Les cascades
En amont de la médina, la rivière se jette d'un ressaut rocheux dans une gorge ombragée. C'est une cascade modeste à l'échelle du monde, mais un endroit charmant, frais et verdoyant, très apprécié des familles de la région pour les pique-niques. Le débit est le plus fort au printemps, après la fonte des neiges, et peut se réduire à un filet d'eau à la fin de l'été.
Sidi Ali Bouserghine et Kef el-Moumen
Sur la colline qui domine la ville se dresse le sanctuaire de Sidi Ali Bouserghine, avec la plus belle vue sur les toits de Sefrou et les vergers au-delà. Sur les pentes du Jbel Bina se trouve Kef el-Moumen, une grotte aux tombes anciennes, longtemps vénérée par les musulmans comme par les juifs. Les deux sites se gagnent en montée, sur un terrain irrégulier — voyez nos conseils de confort ci-dessous.
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La vieille ville de Sefrou.
Artisanat, cerises et souk du jeudi
Sefrou est une ville d'artisans qui travaillent, et non une ville à souvenirs, et la différence saute aux yeux dès qu'on y entre.
Son produit le plus célèbre est minuscule : les boutons de soie nouées à la main, appelés ici aqqad, qui ferment les djellabas et les caftans de cérémonie dans tout le Maroc. Ils sont confectionnés presque exclusivement par des femmes, souvent en coopératives, et un seul vêtement peut en nécessiter des dizaines. Voir deux mains transformer un fil en une perle parfaite en moins d'une minute est l'un de ces petits plaisirs de voyage dont on se souvient plus longtemps que d'un monument.
Vous trouverez aussi le tissage — couvertures, tapis et handira, ces couvertures de mariage — ainsi que le travail du cuir, la ferronnerie, la vannerie et les bols tournés en bois. Le complexe artisanal près de Bab Lemkam est une première étape judicieuse si vous souhaitez acheter directement aux artisans.
Le jeudi est jour de marché : les agriculteurs descendent des villages du Moyen Atlas. C'est animé, joyeux et bondé — merveilleux pour l'ambiance, moins si vous n'aimez pas la bousculade. Le matin est le meilleur moment.
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Un artisan de Sefrou tournant des bols en bois d'abricotier.
Une excursion toute proche : Bhalil
À six kilomètres au nord-ouest de Sefrou — dix minutes en voiture — se trouve le village de Bhalil, et c'est un spectacle véritablement différent, pas une simple redite.
Bhalil est adossé à une colline criblée d'habitations troglodytiques. Certaines familles utilisent encore ces pièces creusées dans la roche : fraîches durant l'été brûlant, abritées durant l'hiver de l'Atlas. Au-dessus, le village grimpe en blocs bleus, roses et ocre, reliés par de petits ponts au-dessus des ruelles. Plusieurs foyers accueillent les visiteurs pour un thé à la menthe et un coup d'œil à l'intérieur, généralement par l'intermédiaire d'un guide local et contre une somme modeste : c'est la façon polie et la plus simple de procéder.
Soyez honnête avec vous-même quant au terrain : Bhalil est pentu, avec des ruelles en escalier et aucune rampe. De nombreux visiteurs se contentent très volontiers de se faire conduire jusqu'au haut du village, de visiter une maison troglodytique et de profiter de la vue sans tenter toute la montée. Associé à Sefrou, cela fait une belle journée détendue au départ de Fès.
Conseils sincères pour voyager confortablement
- Installez-vous à Fès. Sefrou ne compte qu'une poignée de petites maisons d'hôtes. La plupart des voyageurs de plus de 60 ans seront plus à l'aise en gardant un bon riad à Fès et en venant à la journée — le trajet ne prend qu'environ 30 à 45 minutes dans chaque sens.
- Louez une voiture avec chauffeur pour la journée. Cela coûte bien moins que vous ne l'imaginez, vous épargne la marche entre les sites, et vous permet d'être déposé à la porte de la médina puis récupéré de l'autre côté.
- La médina elle-même est clémente. Elle est petite, pour l'essentiel plate le long de la rivière, et les ruelles sont courtes. Les sols sont en vieille pierre et peuvent être glissants après la pluie : des chaussures qui adhèrent comptent plus que tout le reste de votre valise.
- Renoncez aux collines si les escaliers vous pèsent. Sidi Ali Bouserghine et Kef el-Moumen demandent une vraie montée sur des sentiers irréguliers et non balisés. Vous pouvez rouler presque jusqu'au secteur du belvédère ; interrogez votre chauffeur sur l'état actuel de la route et faites-vous accompagner par quelqu'un du cru.
- Le sentier de la cascade est inégal. Attendez-vous à un terrain accidenté et à quelques marches pour descendre dans la gorge. Charmant, mais ce n'est pas une promenade lisse.
- Évitez le milieu de journée en juillet et en août. Les après-midi d'été dépassent régulièrement 35 °C ici. Visitez entre 9 h et midi environ, reposez-vous, puis ressortez après 16 h.
- Emportez des espèces et des mouchoirs. Les cartes sont rarement acceptées dans la vieille ville et les toilettes publiques sont rares ; utilisez celles de votre café ou de votre maison d'hôtes.
- Soins médicaux : pour tout ce qui dépasse un souci mineur, Fès possède les principaux hôpitaux de la région et se trouve tout près. Gardez vos médicaments habituels sur vous plutôt que de les laisser à l'hôtel.
- Le jeudi est le jour le plus animé et le plus bondé. Si un marché très fréquenté vous semble excessif, venez un autre jour : la ville est plus calme et tout aussi charmante.
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Le quartier d'al-Qala, sur les pentes à l'extérieur de la vieille ville de Sefrou.
Où et quoi manger
Sefrou n'est pas une destination gastronomique, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Ce qu'elle offre, en revanche, ce sont de beaux produits et une cuisine simple et sincère.
Les cerises d'abord. Les vergers qui entourent la ville font de Sefrou la capitale marocaine de la cerise, et de la mi-mai à la fin juin environ, le souk se remplit de fruits frais, de jus de cerise et de pots de confiture. Hors saison, cherchez l'huile d'olive locale et le miel de montagne descendu de l'Atlas — deux cadeaux excellents, légers et faciles à transporter.
Côté cuisine, attendez-vous aux bons classiques du Moyen Atlas : la soupe harira, la bissara (une purée chaude de fèves sèches à l'huile d'olive et au cumin, petit-déjeuner classique des matins frais), les tajines d'agneau ou de poulet aux olives et au citron confit, les brochettes grillées d'un étal de rue et le msemen tout frais avec du miel. Du thé à la menthe, bien sûr, et davantage que prévu.
Un conseil pratique : mangez tôt, ou faites organiser le déjeuner par votre maison d'hôtes ou votre guide. Le choix est limité et les petites adresses cessent de servir plus tôt que vous ne le penseriez.
Comment s'y rendre
| Aéroport le plus proche | Fès–Saïss (FEZ), à environ 40 km, soit quelque 45 minutes par la route. Casablanca Mohammed V est la principale plateforme long-courrier, à environ 4 à 5 heures de route, ou prenez le train jusqu'à Fès et poursuivez en voiture. |
| Par la route | À environ 28–30 km au sud-est de Fès ; 30 à 45 minutes en voiture sur une bonne route goudronnée. |
| Transports en commun | Les grands taxis collectifs partent fréquemment de Fès et sont économiques, mais ils ne démarrent qu'une fois pleins et transportent six passagers. Un taxi privé ou un chauffeur loué est bien plus confortable. |
| Meilleurs mois | D'avril à début juin, et de septembre à début novembre. Juin ajoute la Fête des cerises et la récolte ; l'hiver est frais et humide ; juillet et août sont chauds. |
| Durée du séjour | Une demi-journée pour Sefrou seule ; une journée entière avec Bhalil. Une ou deux nuits si vous voulez la version tranquille. |
| Monnaie | Le dirham marocain (MAD). Prévoyez des espèces — les cartes sont peu utilisées en dehors de la partie récente de la ville. |
Notre verdict
Sefrou ne vous submergera pas, et c'est précisément son cadeau. Après deux ou trois jours à Fès — magnifique, épuisante, interminablement en montée —, un après-midi ici donne l'impression de sortir d'une pièce bondée pour prendre l'air sur un balcon.
Venez pour les petites choses : la rivière qui se glisse sous les vieilles maisons, les femmes qui nouent les boutons de soie, l'odeur des cerises en juin, l'homme qui insiste pour que vous goûtiez le miel avant de vous décider. Venez parce que la ville ne vous demande rien et que personne ne cherche à vous vendre un tapis.
Nous la recommandons chaleureusement à toute personne de plus de 60 ans qui visite déjà Fès et souhaite une journée douce et authentique loin de la foule. Prenez un chauffeur, portez de bonnes chaussures, tenez-vous aux ruelles plates le long de la rivière et laissez le sanctuaire du sommet à ceux qui ont les genoux solides. Vous rentrerez tout de même avec la plus belle histoire à raconter.
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L'oued Aggai traversant la vieille ville de Sefrou.
« À Sefrou, c'est la rivière qui parle, et la ville se contente d'écouter. »
Crédits photo
- Sefrou, region fes : Soufiane absri, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
- Sefrou Synagogue 1499801190 : Omer Simkha, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
- Sefrou,medina : Bertramz, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
- Kunsthandwerker in Sefrou : Mhobl, CC BY 4.0 via Wikimedia Commons
- Sefrou,qala : Bertramz, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
- Sefrou,OuedAggai : Bertramz, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
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